Si Winston Churchill incarne à bien des égards la victoire des Alliés face à l’Allemagne nazie, le Premier ministre britannique a longtemps été opposé à l’idée d’un débarquement en Normandie. Il a tout de même joué un rôle crucial dans la préparation de l’opération Overlord.

Les Alliés investis dans la lutte contre les armées d’Hitler n’attendent pas 1944 pour envisager l’hypothèse d’un débarquement en Normandie. En réalité, l’idée est en discussion depuis plus d’un an quand le coup d’envoi de l’opération Overlord est donné. Les Américains, emmenés notamment par le général Eisenhower, soutiennent l’idée d’un nouveau front à l’ouest dès 1943, pour forcer l’Allemagne nazie à affronter à la fois les forces alliées en France et le front russe de l’est.

Les Anglais, représentés par Winston Churchill, rejettent la proposition. A la place, ils se prononcent en faveur d’un débarquement qui serait réalisé depuis l’Afrique du Nord sur les côtes de Sicile. De cette façon, les forces de l’Axe seraient déstabilisées non pas par l’ouest mais par le sud.

Winston Churchill et le souvenir des Dardanelles

Churchill s’attire de nombreuses critiques en défendant cette position. On lui reproche de vouloir éloigner le front loin au sud pour limiter les risques de représailles sur le sol anglais. Ceux qui l’ont côtoyé suggèrent quant à eux que les réticences du premier ministre de la couronne sont dues au souvenir horrifié qu’il garde des tentatives de débarquement réalisées lors de la première guerre mondiale. A l’époque, Winston Churchill est premier lord de l’Amirauté et c’est lui qui lance le débarquement de Gallipoli, en Italie. Un cuisant échec militaire que l’histoire retiendra comme la bataille des Dardanelles.

Winston Churchill confirmera indirectement en expliquant en 1944 que l’idée d’une opération militaire consistant à sacrifier des milliers de vies humaines le répugne. On lui prête notamment la citation suivante, adressée à son épouse Clemmie quelques heures avant les premières dates programmées pour le débarquement de Normandie : « Te rends-tu compte que lorsque tu te réveilleras demain matin 20 000 hommes auront été tués ».

L’invention des ports Mulberry

En dépit de ses réserves, Winston Churchill ne se désinvestit pas du sujet. Depuis 1942 et le raid manqué sur Dieppe, les Alliés savent que la question des infrastructures visant à soutenir l’invasion est l’un des éléments clé pour assurer la réussite d’un éventuel débarquement. Comment acheminer des munitions, des vivres et du carburant aux forces d’attaque sans avoir le contrôle d’un port ?

Un ingénieur gallois formulera pendant la guerre un concept inattendu : si aucun port n’est encore libéré, pourquoi ne pas en fabriquer un de toute pièce et l’acheminer sur place en débarquant ? L’idée est vite jugée saugrenue par l’état-major britannique, mais Winston Churchill s’en empare et incite les responsables de l’opération Overlord à étudier le sujet de plus près. A partir de septembre 1943, plus de 300 sociétés planchent sur la construction des énormes éléments de structure qui constituent les deux ports flottants utilisés lors du débarquement de Normandie.

Surnommés Mulberry, ils reposent sur des carcasses de navire et d’immenses flotteurs en béton, comprennent plusieurs quais et des kilomètres de voies carrossables pour faire le pont avec le sol du continent ! Même si l’un de ces deux ports sera endommagé dans la nuit du 19 au 20 juin 1944, on estime que les ports Mulberry ont joué un rôle significatif dans la réussite du débarquement de Normandie. Ils témoignent aussi des talents de stratège de Winston Churchill !