Les commémorations liées à l’anniversaire du débarquement de Normandie rappellent chaque année la belle unité dont ont fait preuve les forces alliées le 6 juin 1944. Ce succès militaire ne doit cependant pas faire oublier les deux ans de tractation qui ont précédé le lancement de l’opération Overlord. Pour comprendre, il faut revenir aux raisons qui ont motivé le débarquement, près de quatre ans avant le jour J !

Saviez-vous que Staline est indirectement l’un des principaux instigateurs du débarquement de Normandie ? Après avoir envahi la France en 1940, Hitler concentre le gros de ses forces vers le front de l’est. Son objectif est clair : il veut marcher jusqu’à Moscou et envahit l’Union Soviétique à l’été 1941. Pendant des mois, les Allemands et les Russes se livrent des batailles meurtrières, jusqu’au cœur du glacial hiver russe.

Raid de Dieppe : le débarquement raté de 1942

En 1942, Staline presse ses alliés occidentaux d’ouvrir un nouveau front en Europe de l’Ouest pour diminuer la pression sur le champ de bataille qu’est devenue la Russie. Les Américains sont d’accord sur le principe, mais le premier ministre britannique parvient à convaincre le président Roosevelt d’attendre. Officiellement, Winston Churchill soutient que les forces alliées ne disposent pas des ressources nécessaires pour faire d’un débarquement en France un succès. Officieusement, l’homme d’état préfèrerait que l’offensive se concentre sur la Méditerranée, loin de l’Angleterre.

Quelles que soient ses motivations, le raid de Dieppe va lui donner raison ! L’opération Jubilee doit permettre de tester les défenses allemandes et établir une première tête de pont alliée sur les côtes françaises de la Manche. Elle prend la forme d’un débarquement éclair, centré sur un contingent d’environ 8 000 hommes, soutenus par une douzaine de navires de combat et quelques dizaines d’escadrilles aériennes. Composée principalement de troupes canadiennes, la force alliée se jette à l’assaut des plages qui jouxtent Dieppe le 19 août 1942. Elles y essuient un revers cinglant qui fera plus de 1800 victimes.

Deux ans d’apprentissage

Dieppe sert de leçon aux Alliés : la Normandie attendra. Pendant deux ans, ils étudient la question logistique, et expérimentent différentes techniques de débarquement sur d’autres zones de conflit, notamment en Afrique du Nord et en Italie. Ces batailles sont l’occasion de tester le matériel amphibie, mais aussi d’élaborer les stratégies de conquête d’une plage lourdement défendue.

Problème : pendant ce temps, Hitler ne reste pas inactif. Les renseignements allemands ont eu vent du projet de débarquement, et les défenses sont renforcées en conséquence : c’est le fameux mur de l’Atlantique, dont les bunkers jalonnent encore les plages françaises. Sur la Manche, le gros des forces est concentré sur l’équivalent du Nord Pas de Calais actuel, qui semble la zone de débarquement la plus probable. Ces défenses vont conduire les Alliés à s’intéresser de plus près aux côtes normandes. Caen devient notamment l’une des cibles prioritaires du débarquement.

Reste à s’accorder sur le volume exact des effectifs et sur le nombre d’attaques simultanées pour le fameux D-Day ! Le plan initial prévoyait que les forces alliées débarquent sur trois plages, mais ce nombre est finalement porté à cinq pour augmenter le territoire disponible en cas de succès.

Les grandes lignes du plan sont approuvées à la fin mars 1944, avec un débarquement initialement programmé pour le 1er mai. Il est d’abord repoussé d’un mois pour compléter l’approvisionnement, puis de quelques jours en raison de la météo, jusqu’à la date fatidique du 6 juin, l’anniversaire du débarquement !